A partir de 12 /13 ans, les jeunes sont parfois très blessés par leurs expériences affectives et sexuelles. Ils sont très marqués par la pornographie accessible en un clic sur internet, sur leurs téléphones ; ils pensent ces pratiques normales et habituelles. Durant les interventions nous écoutons d’abord leur cœur avant de rejoindre leur intelligence. La vérité doit être dite, mais elle patiente derrière la charité.
Ces rencontres comportent un enjeu spirituel. Il nous semble vital de confier l’avenir de cette génération à l’amour d’un père. Chaque intervention est confiée à des intercesseurs de Mère de miséricorde. Les groupes d’animateurs  prient avant de rentrer dans les classes.
Concrètement pour faciliter des échanges plus authentiques,  nous constituons des petits groupes non mixtes. Les attentes des garçons et des filles sont très différentes.
Les garçons sont préoccupés au collège par des questions physiques ont peur de ne pas être performants. Au  lycée beaucoup se sentent dévalorisés : aujourd’hui les filles se débrouillent seules, maitrisent leur fécondité par la contraception et l’avortement. Elles ont surtout peur de ne pas être aimées.

Qu’avons-nous à cœur de leur faire découvrir ?

Que pour vivre un amour durable, profond et  vrai,  il faut se préparer, être en vérité avec soi, avec les autre. Pour être heureux il faut passer de l’amour de soi ou pour soi, au don de soi ; d’abord dans le service, l’amitié. Alors ensuite vient le temps de  l’amour de l’autre pour lui-même. Ce chemin de maturation prend du temps, il est le seul à apporter une joie profonde.

A travers  ce type de rencontre ils peuvent retrouver  l’estime d’eux-mêmes dont ils manquent tant. Dans les écoles, les jeunes sentent que nous ne sommes pas là pour leur faire la morale, mais pour eux-mêmes, pour leur bonheur.

Nous les invitons à se connaître eux-mêmes, à découvrir leurs qualités, leurs besoins. Beaucoup se blessent  en essayant d’aimer trop tôt. Ils ont à apprendre à donner avant de se donner.  « J’ai l’impression d’avoir été violée et pourtant je l’aime »  disait une fille de troisième l’autre jour. Ils ne peuvent découvrir  la beauté de  l’identité homme-femme, leur complémentarité, tant qu’ils ne savent  qui ils sont, tant qu’ils manquent de maturité. Sinon ils souffrent et font souffrir. Je vois régulièrement des filles qui veulent se venger car elles ont trop mal. D’autres se replient sur eux-mêmes avec des relations sexuelles entre amis volontairement sans lendemain (sexe friend) ou plus tard,  sont parfois dans le refus de toute vie affective et sexuelle (no sex).

Ils sont prisonniers d’idéologies qui réduisent le corps à un objet, la personne à ses sensations. La poursuite du plaisir seul pour une poignée de secondes n’amène pas la joie qu’ils recherchent.  La pornographie en a abîmés  beaucoup qui souffrent de solitude, de désillusions, de manque de respect. Ainsi nous avons de plus en plus de questions sur la fellation, la sodomie (pratiquées parfois chez des très jeunes pour éviter grossesse ), ce qui est désastreux pour la construction de leur psychisme et de leur vie affective. Aucune tendresse dans ces relations bien sûr où le corps, le cœur et l’esprit sont dissociés! Les filles transformées en objet sexuel deviennent plus masculines, plus agressives. Les trois quart d’entre elles ont leurs premiers rapports sexuels sous l’emprise de l’alcool, et ceci pas uniquement dans les lycées défavorisés. Les garçons de moins en moins sûrs d’eux, évincés parfois en cas de décision à prendre face à une grossesse, sont tentés de se replier entre eux, parfois dans des relations homosexuelles. L’identité de l’un et de l’autre étant mal comprise, ils ne peuvent s’entendre.

Ils ont besoin d’adultes qui les aiment et les écoutent mais aussi leur donnent des repères anthropologiques, parlent du sens de la vie.

Ils ont aussi un énorme besoin d’être rassurés, de sentir notre espérance, notre enthousiasme face  leur aspirations profondes, face à leur capacité à aimer.«

Nous n’avons pas peur pour eux . Ils n’en peuvent plus de ces recommandations prophylactiques qui les laissent dans la peur et dans une grande solitude. Cette confiance que nous avons en eux les responsabilise, ils nous en remercient. Un garçon m’écrivait « Continuez à espérer pour moi, cela m’aide à avancer ».

Interview parue dans le magazine Famille Chrétienne, 2013